» 2016 -La Formation FF Golf la biomécanique

4e conférence de biomécanique ffgolf et Ensam. Olivier Rouillon et Eric Savattero directeur du campus de Paris

Quel est le premier sentiment qui vous vient à l’esprit, à l’heure du bilan de cette quatrième conférence de biomécanique organisé par la ffgolf et l’ENSAM ?

Une grande satisfaction. Tous les intervenants avaient énormément travaillé en amont et ont produit des topos de très grande qualité dans leurs différents ateliers et interventions. Les deux soirs, le jeudi 8 octobre, comme le vendredi 9, ça a été une flambée sur les réseaux sociaux, et j’en suis très heureux parce qu’ils le méritent et cela prouve que les gens qui étaient là ont vraiment apprécié leur travail. Cela signifie que les personnes qui ont assisté à ces deux journées sur l’usage de la biomécanique dans le golf ne sont pas repartis les mains vides.

« On n’enseigne pas le même swing à un gamin de 12 ans, qu’à un quinqua qui démarre le golf »

On s’est rendu compte, à cette occasion, de l’importance du relais assuré par les coaches dont le rôle est de mettre en place sur le terrain, à l’attention du golfeur quel qu’il soit, le résultat de recherches scientifiques et de haute technologie…

Tout à fait. Notre mission est de donner des « billes » (informations, démonstrations, études, etc.) aux coaches – qu’ils entraînent des jeunes en écoles de golf, des jeunes qui ont envie d’aller vers  le haut niveau, des seniors dont le but est de progresser sans se faire mal, peu importe – pour savoir dans quel sens évoluer. Parce qu’on n’enseigne évidemment pas le même swing à un gamin de 12 ans, qu’à une personne qui démarre le golf à 55 ans ! Sinon, le monsieur de 55 ans, au bout de deux séances, ne pourrait plus marcher et arrêterait le golf en ayant l’impression que ce sport n’est pas pour lui! D’où l’apparition du concept TPI (1). Cela part d’un constat qui est le suivant : Il y a trop de gens qui arrêtent le golf parce qu’ils se sont fait mal quelque part en jouant. L’idée est de donner aux coaches les moyens d’enseigner une technique personnalisée du swing, de sorte que leurs élèves continuent à jouer et progresser régulièrement au golf, sans forcer ni se blesser.

En résumé, quelle était la démarche globale commune recherchée au travers des différents ateliers et/ou interventions ?

Cette démarche est double : optimiser la performance et prévenir les blessures quelle que soit la population concernée. Que les gens n’aggravent pas les douleurs qu’ils peuvent avoir, compte tenu de leur âge. Il y a des précautions à prendre, et nous avons maintenant les connaissances pour prodiguer un enseignement personnalisé. C’est la teneur du message que nous voulons faire passer aux enseignants. Ce qui est génial, c’est que c’est exactement l’objet de l’institut de biomécanique humaine de l’Ensam dans sa composante « sport ».

« Le cadrage-débordement est bien plus simple à analyser que le swing de golf »

Le Professeur Philippe Rouch, de l’ENSAM, a affirmé lors du séminaire : le chercheur qui arrive à faire évoluer ses connaissances sur le swing de golf, est implicitement en mesure de résoudre bien d’autres problématiques posées dans d’autres sports, tant le golf est complexe. Pouvez-vous commenter cette remarque ?

On pourrait penser que le geste de golf, sur le plan de la biomécanique, est quelque chose d’assez facile à analyser car le joueur garde les pieds au sol. On obtient des données qui viennent des « plaques de forces », à partir de capteurs dans les trois dimensions. Un des premiers sports auquel les chercheurs se sont intéressés est l’haltérophilie, précisément parce que le sportif en action avait les deux pieds au sol. Imaginez la difficulté de l’analyse d’un saut en hauteur ou un triple saut ! Néanmoins, même si le golfeur a les deux pieds au sol, l’analyse du swing reste extrêmement complexe. Geste complexe, qu’on cherche à reproduire pour optimiser sa performance. Si on répète le geste golfique de façon très régulière, on devient un bon joueur, même avec une technique qui peut paraître baroque. Le geste est compliqué parce qu’il nécessite d’activer les pieds, les genoux, le bassin, le tronc, les bras, les mains, avec un club en prolongement, et tout cela fait qu’une fois que l’on a saisi la complexité de ce geste, on peut transposer sans difficulté les éléments de l’analyse au geste d’un autre sport, mécaniquement moins complexe. Par exemple, un cadrage-débordement en rugby, est beaucoup plus simple à étudier sur le plan biomécanique, qu’un swing de golf.

On a remarqué, dans tous les ateliers, un vrai souci de « personnaliser le geste » du golf. Comment en a-t-on pris conscience à ce point ?

Il suffit de regarder les meilleurs joueurs de golf pour voir qu’ils n’ont pas tous la même technique. Bien des critères entrent en ligne de compte. Le gabarit, qu’ils soient homme ou femme, ils ont des swings très différents pour une performance pourtant élevée, et c’est toute la philosophie de ce qu’on fait. Ce que l’on essaie de mettre au point, c’est un modèle personnalisé du swing. Et ce modèle personnalisé, en toute modestie, comme nous détenons les algorithmes de « l’EOS » (inventé par l’ENSAM), nous sommes les seuls en capacité d’interfacer toutes les sources de données concernant le swing.

Qu’est-ce que l’EOS ?

C’est un système de radiologie 3D qui délivre des rayons x très « basse dose », donc sans nocivité, permettant de reconstruire le squelette en 3D de la personne qui passe la radio (face, profil corps entier), avec les insertions musculaires et ligamentaires. C’est une invention de l’ENSAM, le fruit de longues années de recherche, avec une équipe de chercheurs de haute volée, qui est en train de prendre une place énorme dans le domaine de la médecine et de la radiologie. Le geste de la personne « captée » est enregistré avec un système d’analyse de mouvement (VICON), doté de quatorze caméras. On est ainsi capable, par exemple, de montrer au « patient » les contraintes de sa hanche droite à n’importe quel moment de l’exécution de son swing. Idem pour la cinquième vertèbre lombaire ou le dernier disque entre L5 et le sacrum. Ce sont des données que personne d’autres que nous, actuellement, ne détient au niveau de l’analyse d’un swing personnalisé. 

« Il y a un intérêt croissant pour les outils qui permettent d’accumuler ces données personnalisées »

Le système s’avère extrêmement précieux dans un souci de prévention des blessures : « Attention ! Ne faites pas votre geste de telle manière, vous risquez de vous blesser ! »

Absolument, et il y a un intérêt croissant pour les outils qui permettent d’accumuler ces données personnalisées, car tout le monde se rend bien compte de ce que cela amène. Les gens de TPI, par exemple ont été très intéressés par la démonstration que nous avons pu produire avec ces outils d’analyse. La prévention, c’est important, ensuite, on peut répondre à la question : « Comment optimiser son geste en fonction de son gabarit ? » Ce système permet de savoir dans quel ordre et à quelle intensité vos muscles vont se contracter pendant l’exécution du swing. On connaît les muscles qui travaillent dans le swing : chez les droitiers, c’est le grand fessier droit qui se contracte le plus. Mais ensuite, comment la coordination se met-elle en place ? Quelle différence va-t-on noter entre un bon et un mauvais coup ? A chaque question, des réponses, qui permettent d’améliorer les qualités physique et technique adaptées au haut niveau, ou au sujet que dont on est en train d’analyser le geste.

Est-il vrai qu’en grandissant, les enfants peuvent perdre leurs repères et se lasser du golf parce qu’ils ne progressent plus ?

Oui, tout-à-fait, ils perdent leurs repères proprioceptifs, de même que les gens qui perdent beaucoup de poids rapidement peuvent aussi perdre leurs repères dans l’espace. La proprioception, c’est deux choses : le sens de l’équilibre et celui de la position dans l’espace. En golf, c’est la capacité à mettre la « canne » aveuglément au même endroit dans l’espace, à la montée. Une capacité qu’on peut perdre, en effet, quand on grandit. Nous avons des exemples de joueurs très forts, avec d’importantes surcharges pondérales, qui ont perdu leur habileté en perdant du poids !

Nous avons vu aussi l’importance du choix de clubs adaptés à notre morphologie et à notre niveau de jeu …

Indispensable ! Les manches, les têtes, la taille des grips, tout compte ! Et ça ne coûte pas plus cher de faire un fitting que de ne pas en faire. En général, quand on fait un fitting, son prix est déduit de la série que l’on va acheter. Lorsqu’on est suffisamment mordu pour jouer régulièrement, quel que soit son niveau, il faut absolument faire un fitting. Des clubs mal adaptés vont entraîner de mauvaises performances, voire des blessures dues à la volonté de compenser les effets d’un club mal adapté à celui qui l’utilise, alors qu’à l’inverse, de bons clubs vont générer de meilleures performances. La taille des grips n’est pas un détail. Selon que l’on a des grips trop petits ou trop gros, on va serrer beaucoup trop, d’où des risques de problèmes de tendons, etc. Je dis toujours, face à une personne qui souffre d’une pathologie liée au golf, qu’il faut voir plusieurs docteurs, au moins trois : le docteur « docteur », qui fait le diagnostic, le docteur des clubs (le fitter), et le docteur du swing, le pro qui va corriger le geste pour éviter de solliciter les zones à risques.

Et dans le haut niveau, c’est pareil, en encore plus pointu…

C’est exact. Le haut niveau, c’est un ensemble de petites choses tout autour de l’athlète qui se trouve au centre du système. Mais pour atteindre le très haut niveau, il faut que tout soit présent, identifié, et respecté : le médical, la technique, la préparation physique, la diététique, le sommeil, la récupération, les soins, la prévention, , le matériel, etc.

« Le golf, LE sport d’équilibre par excellence, davantage que le Taï Chi, pour les personnes âgées »

Un mot-clé a été entendu dans de nombreux ateliers, le mot « équilibre ». Que faut-il absolument retenir concernant ce paramètre dans le golf ?

Si vous voulez reproduire un geste aussi complexe et aussi rapide qu’un swing de golf, il est impensable que votre corps ne parte dans tous les sens ! Donc il faut acquérir un bon équilibre, et c’est quelque chose qui se travaille. Dans tous les pôles, il y a des outils destinés aux enfants pour acquérir cet équilibre indispensable, ainsi que des programmes d’exercices à faire quotidiennement. Le golf est LE sport d’équilibre par excellence. C’est un sport qui améliore votre proprioception. Des études prouvent que le golf améliore davantage la proprioception chez les personnes âgées que la pratique du Taï Chi, pourtant discipline d’équilibre mondialement reconnue ! Le golf oblige à trouver son équilibre, puis à le maintenir tout en exécutant son geste. Combien de personne, même au putting, ne savent pas comment se positionner : un peu en avant ? Plutôt sur les talons ? Milieu de pieds ? Même un bon pro peut avoir, à l’œil, des idées fausses sur le positionnement idéal de la personne qu’il observe; même un joueur peut se tromper sur ses propres sensations, alors que les données répercutées par des appareils de mesures de l’équilibre que l’on met sous les pieds (plaques de forces ou nappes de pression) du golfeur, vont apporter les bonnes informations.

Cela signifie-t-il que bientôt, on ne devra plus consulter que des pros super équipés et connectés, avec K-Vest, Trackman, plaques de force, etc. sous peine de stagner indéfiniment à un niveau médiocre ?

Je pense que de plus en plus de pros, motivés par l’intérêt qu’ils ont pour leur métier, vont se diriger vers l’utilisation de ce genre d’outils. Ils vont développer leurs compétences dans l’utilisation d’outils d’analyse. Bien sûr, il y a des clubs où ce sera plus difficile de mettre cela en place qu’ailleurs, mais peu à peu, les pros vont mutualiser leurs efforts et les prix des outils vont très certainement baisser au fil du temps. J’imagine que les chaînes golfiques vont proposer dans certains de leurs clubs des box techniques, où l’on pourra passer son swing au révélateur. Le feed-back proposé à un élève est quelque chose de capital pour qu’il se rende compte qu’en ajustant sa technique, en changeant sa posture, il obtiendra des résultats notables. Je suis persuadé qu’il va y avoir une vraie demande de la part des golfeurs, et que golf et biomécanique représentent un avenir en pleine expansion.

Avez-vous eu des retours, de la part des intervenants ou auditeurs, intéressants pour le futur ?

Oui, j’ai reçu des suggestions tout à fait pertinentes, qui vont faire que, dès la prochaine édition, nous allons monter une cage de practice sécurisée sur le plateau du laboratoire, à l’ENSAM même. Nous allons l’équiper avec des outils de terrain. Le golfeur va taper des balles, nous allons analyser son swing en live. Puis on va passer son geste au crible du labo dont nous parlions plus haut (EOS + algorithme), et nous verrons les différences entre les données que l’on obtient, selon l’utilisation de l’un ou l’autre des systèmes à disposition.

Quelles autres innovations à prévoir pour les années à venir ?

Nous allons conserver une première journée de conférences plénières, mais mettre en place un fil rouge pour les deux journées. Ce fil rouge démarrera dès la détection d’un enfant dans une école de golf, pour aboutir au moment où le garçon, devenu un champion, enfilera la veste verte au Masters d’Augusta. A quels moments l’apport de la biomécanique aura-t-il eu un intérêt ? Un rôle à jouer dans la progression du joueur ? Et dans quelle mesure cette science appliquée aura contribué à ses progrès ? Quels auront été les objectifs recherchés et comment les solutions auront été mises en place ? Par exemple, pour augmenter la puissance, quels sont les éléments pris en compte pour guider la préparation physique ? Nous bénéficierons d’exposés extrêmement pointus, fait par une personne reconnue dans son domaine. mais qu’il est encore trop tôt pour citer ici.

Dans le domaine du matériel après : « Comment vole une balle ? » (2014) et « Comment fonctionne et réagit un manche de club ? (2015), nous allons nous pencher probablement sur la tête de club, puis sur le putter (cela reste à définir). Parmi les intervenants, nous espérons accueillir également un coach de renommée mondiale, qui nous expliquera son travail « sans », puis « avec », le recours à la biomécanique. L’objectif est de comprendre ce que cela a changé dans sa pratique, dans sa vision du swing de ses joueurs, quelles erreurs a-t-il pu contourner grâce à ces informations auxquelles il n’avait pas accès par le passé, quelles améliorations a-t-il apporté à tel, tel ou tel joueur. On a l’intention de viser très, très haut, en termes de niveau du coach et donc de ceux des joueurs à sa charge.

« Nous serons environ deux cents l’année prochaine, ou plus exactement début janvier 2017 »

Vous souhaitez rester à l’ENSAM, plutôt que de retourner au Golf National, où ce séminaire a déjà eu lieu ?

Oui, car il n’y a que 105 places au Golf National.

Cette année, nous étions 170, dans l’amphi de 700 places de l’ENSAM.

L’ENSAM nous accueille gracieusement en tant que partenaire, pourquoi changerions-nous, après le succès rencontré encore cette année ?

La première année, nous étions à peine une vingtaine, pas assez pour employer le mot de « séminaire ».

Par la suite, nous avons fait deux éditions autour de 100 personnes. Puis une édition à 150 participants en 2014 et donc 170 participants pour l’édition 2015.

Je pense que nous serons environ deux cents l’année prochaine, ou plus exactement début janvier 2017.

Ce sera une période creuse, qui nous offrira l’occasion d’avoir au moins un joueur pro pour témoigner de son expérience.

Dominique Bonnot

S. Ballesteros rajoute :

Si j’ai l’air de vous encourager à apprendre le golf avec un seul club, c’est que je suis convaincu qu’un tel entraînement vous oblige à faire travailler votre corps et le club de manières si variées qu’il vous deviendra ensuite très utile d’utiliser votre pouvoir d’imagination pour inventer des coups nouveaux.

En jouant avec un seul club, vous êtes également obligé de considérer plus attentivement le lie… afin de faciliter autant que possible votre coup suivant.

En effet, la marge d’erreur est nettement réduite quand chaque coup doit être

« confectionné » de manière différente, aussi bien mentalement que physiquement.

À lire aussi :

. La conférence du Professeur Philippe Rouch en intégralité (vidéo)