» 2016 -La Formation FF Golf – le cap de l’excellence

Créer soi-même ses conditions d’entraînement

Excellence-mentale

« Un joueur qui est « fort mentalement » est une personne qui évolue en combinant sa propre expérience aux principes-clés de l’Excellence, que l’on observe quand on regarde les meilleurs. Des comportements en rapport avec un état d’esprit qui se retrouvent dans toutes les disciplines sportives, et même au-delà : chez tous ceux dont la vie est une quête de performance. Mais c’est quelque chose de très profond, voire obsessionnel d’où l’importance d’identifier avec précision ce fonctionnement.

Pas besoin d’être préparateur mental pour faire la différence entre deux attitudes extrêmes dans le rapport à la performance, via les comportements à l’entraînement.

D’un côté, des jeunes « espoirs », qui vont arriver au golf (ou au club de tennis, foot, etc), boire un café… « Allez, un petit deuxième et j’y vais… » ; dont on dirait qu’ils ne sont pas sur la même planète que leur entraîneur. Certes, ces jeunes sportifs disent qu’ils rêvent de devenir des champions, certes ils sont tous les jours à l’entraînement, mais en réalité, « ils ne sont pas là », ils ne savent pas où ils vont parce qu’ils n’ont pas de plan.
Et puis d’un autre côté, vous avez un Jonny Wilkinson. Champion du Monde de rugby avec l’Angleterre en 2003, deux Coupes d’Europe et Bouclier de Brennus avec le RC Toulon. 17 blessures. Il arrivait chaque matin une heure plus tôt pour taper des dizaines de pénalités. Son entourage lui demandait de ralentir les cadences, qu’il risquait de se blesser à nouveau, tant il était fragile, mais il disait : « Non-non, je fais ça pour m’améliorer, pour devenir un meilleur co-équipier. » Il avait 35 ans, quand il a dû prendre sa retraite, en 2014.

Un an plus tard, il déclarait : « Je ne me sens pas totalement brisé, mais presque. Au début de ma carrière, au moment de me décrire, j’aurais répondu : « je suis un rugbyman, j’aime m’entraîner dur, je joue pour l’Angleterre… » Au milieu de ma carrière, j’aurais dit « je suis un rugbyman » mais j’aurais également évoqué ma famille. Mais aujourd’hui, je ne dirais pas « je suis un ex-rugbyman » ou « je suis ceci »… En fait, je ne sais pas. D’où la confusion. Je me sens effondré car je ne ressens aucun mérite de dire que j’ai été un rugbyman professionnel pendant dix-huit ans, que j’ai joué là, que j’ai gagné ceci… La vie continue, mais on m’associe toujours avec mon passé. Me reconnaître en tant que personne est de plus en plus difficile. Heureusement, je vois ça d’une manière positive (…).»

Une année de plus, et il confiait : « Je m’adonne plus particulièrement à la boxe. C’est très intéressant, parce que, pour moi, c’est une façon de prolonger un peu l’esprit qui était le mien quand je jouais au rugby. Là aussi, il faut maîtriser le sens tactique, les émotions et l’adrénaline. En dehors de ça, j’essaie d’expérimenter des choses moi-même et je m’y emploie partout. Quand j’étais en activité, c’était beaucoup plus difficile, car je dépensais toute mon énergie dans le stress et le désir de faire toujours mieux. Là, j’ai beaucoup plus de temps et d’espace pour moi. »

Cela me donne envie d’enchaîner avec une citation de Fernand Urtebise, l’entraîneur de Stéphane Diagana (spécialiste du 400 m haies, champion du monde en 1997 et champion d’Europe en 2002), qui répétait sans cesse aux athlètes qu’il entraîne : « Ne venez pas à l’entrainement, venez vous entraîner ! »

Super accroche sur laquelle, chaque sportif de haut niveau peut méditer : « Comprendre ce que l’on fait à l’entraînement.»

-« C’est quoi – pour moi – la différence entre aller à l’entraînement et venir m’entraîner ? Ah, oui, je vois, je comprends. Je comprends pourquoi je fais tel exercice. Cela a du sens pour moi. Chaque chose que je fais a une application dans le contexte de la compétition, et le moment venu, non seulement, je saurai le faire, mais je saurai le faire bien même sous la pression.

Exécuter comme un bon (ou mauvais) élève, ce que dit le coach n’est pas suffisant pour atteindre un haut niveau de performance.

Aucun champion ne s’est jamais arrêté à appliquer une simple consigne, sans comprendre quel avantage il saurait en tirer face à ses adversaires. »

Une année pour progresser mentalement

Tout au long de l’année 2017, nous explorerons avec Makis Chamalidis, les trois domaines dont dépend le succès d’une carrière durable au plus haut niveau (différent d’un coup d’éclat inespéré) :

– L’excellence à l’entraînement
– L’excellence en compétition
– L’excellence dans la gestion de carrière

En détaillant un par un les 33 items permettant de s’améliorer sur ces 3 axes.

Entraînement

– La capacité à s’auto-analyser
– Celle de trouver son chemin

Compétition

– Savoir identifier ses pensées parasites
– Prévoir des parades et organiser son plan de JE(U)

Mental : le cap de l'excellence (épisode 2)

 

Tendre vers l’Excellence… en compétition

Identifier ses pensées parasites. Inventer des parades pour les désactiver.

La plupart des pensées parasites sont complètement légitimes. La peur de mettre la balle dans l’eau, la peur d’être jugé, de mal faire… qui ne l’a pas éprouvée ? Qui ne la connaît pas, cette petite voix qui fait tout pour nous sortir du moment présent ? Celle qui est obsédée par le résultat sportif et par le regard des autres.

Malheureusement, le milieu sportif ne cherche pas toujours à être précis dans ce domaine, parce qu’identifier son pire ennemi (nos pensées parasites) et engager un combat pour le mettre hors d’état de nuire, apparaît souvent comme une tâche trop difficile : « Je n’y arriverai jamais, je suis fait ainsi… ». L’ignorer tient aussi de la superstition : « Si je n’y pense pas, n’en parle pas, ne veut pas y croire, il n’arrivera rien. »

C’est « la petite voix », le « petit diable », qui est en nous, qui fait en sorte de nous déconcentrer. Je convoque ici le grand Goran IVANISEVIC qui, à une époque se décrivait ainsi : « Il y a le bon Goran et le mauvais Goran ».

Je pense que l’on a tous, comme Goran, un double visage. Une double personnalité. Un sentiment tellement universel qu’il est possible de travailler dessus, sans grand risque de faire fausse route.

Il n’y a pas très longtemps, je travaillais avec un jeune joueur de tennis que nous appellerons Jean-Marc. J’avais le sentiment d’avoir face à moi, côte à côte, un Jean-Marc constructif et le Jean-Marc destructif. On retrouve le même type de personnes au golf. Qui déterminent un espace où l’on se donne le feu vert pour tout, y compris prendre des risques sans trembler, être créatif, inventif et là, tout prêt, juste de l’autre côté d’une frontière ténue, déterminent un autre espace, fait de coups joués « petit bras », de reproches et de ressassement, parce que l’on se compare aux autres, on est capricieux, on se juge, on sort la calculatrice, on se trouve des excuses…

La liste des « + » et des « – » peut varier d’un joueur à l’autre, mais il y aura toujours, une colonne au beau fixe et une en état d’alerte météo.

A partir de là, le joueur peut devenir sa propre caricature. C’est la même personne qui joue, manifeste ses émotions, mais avec d’un côté des pensées parasites, et de l’autre, autant de parades correspondant à chaque pensée invalidante. Comment passer alors du côté obscur de la force à la partie qui exprime le meilleur de nous-même ?

Soigner son self-talk

Apprendre à bien se parler n’a pas de prix. J’ai conservé un exercice mental réalisé avec beaucoup de clairvoyance par un golfeur avec lequel j’ai travaillé, dans lequel il avait identifié les deux facettes de son personnage : « Là, c’est le Pascal négatif, et ici, le Pascal positif », m’avait-il dit en traçant une ligne verticale au milieu de sa feuille.

Sa perception du « mal » et de son remède était telle qu’il ne lui avait pas fallu longtemps pour démontrer comment il lui était possible de plaquer une parade sur un comportement négatif. Exemple :

« Quand je suis renfermé ? J’essaie de devenir indulgent avec moi-même »

« Quand je me sens trop seul ? Je fais équipe avec mon cadet. »

« Quand je manque d’énergie ? Je donne du sens à ma présence. Je sais pourquoi je suis là. Je réaffirme mon désir d’être là »

« Quand j’ai peur de la rater ? Si je loupe ce n’est pas grave mais au moins je vais y aller franchement »

« Quand le parcours est difficile ? Je me dis que j’ai bossé dur pour être ici. »

« Quand j’ai de mauvaises sensations ? Retour à la stratégie, ça fait partie du jeu.»

« Quand j’ai un mauvais contact avec la balle ? Retour aux fondamentaux. »

« Quand ça ne score pas ? Fais le dos rond, c’est le golf qui veut ça. »

Vous aussi, joueurs de compétition, pouvez identifier vos pensées parasites. Les noter à gauche et de l’autre côté à droite, essayer de trouver la parade correspondant le mieux à la situation et à votre personnalité.

Ce qui compte plus que tout, dans cet exercice, c’est d’être hyper précis par rapport aux tenants et aboutissants de la situation que vous avez à gérer. Aller plus loin que le simple constat.

Ne pas se contenter de dire : « À chaque fois que mon père vient me voir jouer, je suis stressé »…Dépasser l’évidence coûte toujours un effort non négligeable : « Quand mon père vient me voir jouer, même si je suis devant au score la majeure partie du parcours, j’ai tendance, à la fin, à trop me projeter dans le futur. Et je n’arrive pas à me maintenir dans de bonnes conditions pour conclure. » Voilà qui est déjà beaucoup plus précis, plus honnête.

Une fois alerté, le golfeur peut mettre en place les moyens de rester dans le présent, en ce concentrant par exemple sur son grip, son positionnement, l’endroit où il va poser son sac, le rythme de ses pas, ce qu’il peut visualiser comme image rassurante, etc.

Puis être précis, commence déjà par se poser les bonnes questions : Pourquoi j’étais très bien la dernière fois, et pourquoi je ne suis pas bien là ? J’appelle cela : « Répondre à ses pourquoi ». C’est hyper important.

Un exemple me revient. En 1990, en finale du tournoi de Roland–Garros, André AGASSI dominait Andres GOMEZ, mais l’Américain était tellement préoccupé par la chute massive de ses cheveux, que l’image de lui-même était devenu à ses yeux, beaucoup plus importante à défendre que ses chances de victoire (sa perruque s’était décomposée la veille de la finale et ne tenait plus comme avant). Il ne s’est plus mobilisé pour le gain du match, mais uniquement pour sauver la face. Ce n’est pas la peur de perdre le match qui le torturait, mais la peur de perdre…le postiche qu’il s’était collé sur la tête en désespoir de cause. Quitte à être démasqué, il préféra jeter un piètre joueur de tennis en pâture, plutôt que l’homme chauve qu’il allait devenir.

Nous sommes évidemment là face à un cas extrême, qu’Agassi lui-même n’a pu analyser qu’après s’être totalement accepté, physiquement et moralement.

Dans la vie de tous les jours, le joueur soumis au stress, aux sautes de concentration, va devoir noter sur un papier ses pensées parasites les plus récurrentes, par exemple :

« J’ai peur de décevoir »

« J’ai peur de mettre la balle dans l’eau »

« Les autres joueurs avancent mieux que moi »

«  Je ne vais pas être sélectionné ».

«  Il faut que je joue à mon meilleur niveau sinon cela na va pas le faire ».

Et se montrer un peu plus malin pour déjouer les pièges. Se montrer capable de passer du « Je dois, (ou il faut) » à « Je fais ».

Le contraire d’oublier est … nôter

Avoir un process à mettre en place, sous la forme de parades, qui vont, avec l’expérience accumulée, devenir plus fortes que les pensées parasites. N’avez-vous jamais vu Serena Williams ouvrir ses petits papiers aux changements de côté ?

Il n’y a rien de bien extraordinaire sur ces petits papiers. Juste le résumé de ses pensées parasites les plus récurrentes et en face, la parade correspondante. Un problème précis ? Une solution efficace. Encore faut-il être en état (mental) de penser à sortir son petit pense-bête, identifier le cas de figure. Traiter le mal.

En fait, c’est un match dans la tête qui s’engage bien souvent entre l’Ange et le Démon. C’est là où l’on doit être presque monomaniaque dans sa mise en condition. C’est-à-dire, à l’image d’un Nadal, qui du matin au soir, s’auto-conditionne à s’accrocher à ses parades.

Au registre des parades, le mot-clé, c’est : « Anticipation et visualisation ». Anticiper, c’est prévoir d’être lucide. Tel problème surgit ? Voilà ma réplique : Je ne suis pas si surpris, je connais cette situation, je l’ai déjà vécue, ou visualisée, anticipée. Je me suis imaginé cent fois ce moment-là et au lieu de paniquer, de jouer, voire surjouer ma peur, à l’image d’un mauvais comédien, je vais donner ma réplique et passer à la scène suivante.

Il nous arrive, alors qu’on se sait capable de surmonter une difficulté, de commencer par jouer les faibles, le rôle de celui qui va se faire avoir. Peut-être pour augmenter artificiellement son mérite après l’avoir surmontée ?

On va se mettre à gesticuler, jeter son club ou sa raquette par terre, juste pour montrer que normalement, on joue mieux que ça. On communique aussi avec son entourage, ce n’est pas que du cinéma, parce qu’il y a un sens derrière ce genre d’attitude, même si c’est quand même une sorte de mise en scène de ses difficultés. L’idéal serait de pouvoir, en pleine partie, s’adonner aux démonstrations qui nous font du bien, et puis vite, retrouver notre capacité à nous montrer complètement froid face à l’élément qui nous perturbe.

C’est un travail que certains joueurs ont du mal à intégrer, parce qu’il leur semble préférable de faire « comme si de rien n’était », « comme si tout allait se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes » : « Ca va passer… » Si on ne fait rien, non, ça ne va pas passer. Ou alors une fois, par chance…

Sachez toutefois que, lorsque je parle de « parade », qui peut prendre la forme d’une pensée, d’un mot-clef, d’une image, d’un geste… ce n’est pas une démonstration de magie. Une parade, c’est un élément déclencheur, qui entraîne une suite, un processus : Qu’elle me réveille, qu’elle me réanime et qu’elle me fasse passer du bon côté de la force ! Une bonne parade permet de revenir dans le moment présent parce qu’elle nous parle, qu’elle a du sens et qu’elle devient notre ange-gardien, garde-fou, gilet pare balles. La plupart du temps elle nous ramène au job à faire, au process à respecter mais aussi respecter notre identité de joueur.

Du coup, mon langage du corps va en bénéficier, je vais redevenir fidèle à mon style, à mon identité, comme si j’avais reçu une piqûre de rappel. Je vais pouvoir brandir mon coup fort, ce trait de caractère qui est ma marque de fabrique, mon nom de scène, ma devise, bref tout ce dont je suis fier et qui me donne confiance.

Ce qui va me permettre de repasser là où tous les feux sont au vert.

Reprendre la main. Rejouer mon jeu. « Pense au JE(U), pas à l’enjeu ». Ce « JE(U) », qui indique ma volonté de penser d’abord à moi et non aux autres, de ne pas me poser en victime de la malchance, ou d’une injustice, mais en Maître de mon destin.

Il y a des jours où on y arrive assez facilement, et d’autres où l’on n’y arrive pas, c’est vrai. On devrait se dire : « Si j’ai réussi une fois à trouver de bonnes parades, c’est que j’ai compris le processus. Si j’en ai recueilli les bienfaits une fois, je pourrai le remettre en place systématiquement ? » Non, en fait, à chaque fois, c’est un nouveau combat qu’il faut mener.

On se trompe si l’on croit que parce que ça a marché une fois, deux fois, c’est acquis. Rien n’est jamais tout à fait acquis dans l’univers mental. Et le golf ne facilite pas les choses parce que c’est le sport mental par excellence. Il faut lutter pour obtenir la grâce de la confiance en soi, quand celle-ci n’est pas présente naturellement.

La seule chose que l’on peut se dire pour se détendre un peu, c’est qu’il y a beaucoup plus de chances que l’on doive lutter avec nos démons et déjouer leur piège, que d’assister au triomphe de nos anges gardiens.

Propos recueillis par Dominique Bonnot