Le Mental Cérébral en Golf  » gauchers – droitiers »

SYNOPSIS

A la recherche du sportif parfait
De Paris à Londres, en passant par Montréal, Benoît Laborde explore les dernières avancées neuroscientifiques sur le terrain sportif. Étayé par des interviews de chercheurs et de champions tels que Jean Galfione, Jean-Alain Boumsong ou Scarlett Gabrielli, il brosse un état des lieux pédagogique passionnant, qui interroge l’avenir du sport de haut niveau, à l’aube d’une nouvelle ère riche en promesses, mais aussi en potentielles dérives.

golfeur focusband 2017La plupart des sportifs de haut-niveau, gauchers ou droitiers, ont une préférence cérébrale qui leur confère un avantage.

Le cerveau droit, chez l’homme, est le cerveau de la créativité, de la symbolique et de l’intuition – qualités éminemment représentées chez Federer, «dominé» par ce cerveau qui correspond à ceux qui aiment jouer des coups de poker. Un joueur qui est cerveau droit dominant est moins affecté par le stress car il est dans l’action, mais sujet à des problèmes de concentration sur la durée.

Le cerveau  gauche est celui des chiffres de la rationalité et de l’ordre. Mais les cerveaux gauches dominants ont une moins bonne gestion du stress car leur langage interne, trop riche, diminue leur motricité.

Il est important de connaître sa latéralité au golf. C’est apprendre à mieux réaliser le joueur que l’on est. C’est comprendre pourquoi un coup est plus difficile à jouer selon que l’on est croisé ou homogène.

Dans le golf, encore plus que dans n’importe quel autre sport, il faut savoir évaluer et analyser les distances.
« L’acuité visuelle importe surtout par rapport aux obstacles. L’œil amène le mental et c’est primordial au golf. Il nous apporte des informations, telles que la distance, les obstacles, la visualisation et ce que l’on veut faire comme coup. »

Le Focus Band… pour arrêter de penser

Le Focus Band est sur les champs d’exercice pour le golf.

Car le Focus Band permet aux golfeurs de rester dans la «zone», ou plutôt de s’y connecter et cela, c’est synonyme de bons coups.

«Les athlètes savent bien ce que c’est, la zone. C’est le moment présent intense quand on effectue une manoeuvre, libre de toute distraction interne, avec un minimum de pensées, en cohérence avec l’intention, une sorte d’état de grâce, bref, le focus à son maximum»,

hemisphere-gauche-et-droit

L’échelle de couleur indique le pourcentage de sujets ayant une activation significative en ce point pendant la tâche (vert : 50%, bleu : 65%, rouge : 80% et plus).

À noter : la très forte asymétrie de la carte en faveur de l’hémisphère gauche.

La plupart des sportifs de haut-niveau, gauchers ou droitiers, ont une préférence cérébrale qui leur confère un avantage.

les-gauchers                         les-droitiers

La latéralisation du cerveau

C’est un fait connu depuis toujours : notre corps est latéralisé. Les organes situés dans la partie gauche de notre corps ne sont pas exactement les mêmes que dans la partie droite. Mais cela fait maintenant plus d’un siècle que l’on sait que c’est aussi le cas du cerveau :

les aires cérébrales ne sont pas symétriques dans les deux hémisphères.

Alors attention tout de même : vous avez peut-être déjà lu des histoires concernant

« le cerveau droit » et « le cerveau gauche », le premier étant censé être plus intuitif et créatif, le deuxième plus analytique et rationnel. Tenez-vous le pour dit : ce sont des âneries sans fondement neurologique !

(Même si vous avez parfaitement le droit de considérer tout ça comme une métaphore utile).

aire de broca langageEn revanche, ce que le neurologue français Paul Broca a découvert en 1861, c’est qu’il existe une partie de notre hémisphère gauche qui est responsable de la production du langage. A l’époque il n’y avait pas d’IRM, et Broca avait observé ça à l’autopsie d’un patient aphasique qui ne savait prononcer qu’un seul mot (« Tan », mais ça aurait pu être aussi « Hodor »). Dans son cerveau, ce patient possédait une lésion marquée dans cette région qu’on appelle maintenant l’aire de Broca (ci-contre).

Depuis, de nombreuses autres découvertes ont été faites sur les fonctions des aires cérébrales de chaque hémisphère, et notamment un point essentiel : c’est le cortex moteur de l’hémisphère droit qui contrôle les mouvements des membres gauches, et réciproquement.

Et ces observations sont à l’origine d’une des théories qui expliquent la forte dominance des droitiers chez l’être humain.

Droitiers, gauchers, et oeil dominant

Les performances manuelles des droitiers et des gauchers varient en fonction de leur œil dominant, selon qu’il est ou non du même côté que leur main de prédilection. Le rôle de l’œil dominant dans l’habileté manuelle trouve une explication dans le trajet emprunté par les informations dans les circuits neuronaux.

L’espèce humaine est la seule chez laquelle on observe une asymétrie du comportement moteur fortement majoritaire : 90% de la population utilise préférentiellement la main droite et 10% la main gauche.

Ce comportement moteur est dit « croisé » : si on utilise la main droite, c’est l’hémisphère cérébral gauche, alors considéré comme dominant, qui est activé.

Le langage, avec le comportement moteur, est une des fonctions les plus latéralisées du corps humain : en fonction des personnes, les réseaux d’aires cérébrales contrôlant la parole sont situés préférentiellement dans l’hémisphère gauche ou dans l’hémisphère droit du cerveau. De nombreuses études ont montré que l’hémisphère gauche, comme pour le comportement moteur, est dominant pour le langage dans 90% des cas.

Références :

Gaussian mixture modeling of hemispheric lateralization for language in a large sample of healthy individuals balanced for handedness . Bernard Mazoyer, Laure Zago, Gaël Jobard, Fabrice Crivello, Marc Joliot, Guy Perchey, Emmanuel Mellet, Laurent Petit, Nathalie Tzourio-Mazoyer. PLOS One, 30 juin 2014.

Yannick Cochennec

En remportant, dimanche, le Masters d’Augusta pour la troisième fois de sa carrière, le golfeur américain Phil Mickelson a confirmé qu’il était bien le dauphin de Tiger Woods au classement mondial. Surnommé «Lefty» parce qu’il est gaucher sur les parcours, le Californien a cette particularité d’être droitier dans tous les gestes de l’existence.

Au tennis, Rafael Nadal, est également dans ce drôle de cas de figure: gaucher sur les courts, droitier dans l’existence. Ainsi va, parfois, l’étrange de vie des champions qui ignorent souvent les raisons de leur originalité liée à une habitude de l’enfance mais qui mérite que l’on s’attarde sur la question de la latéralité.

En effet, la latéralité est la préférence d’un individu pour la gauche ou pour la droite — et rien à voir avec la politique. Préférence manuelle — droitier ou gaucher. Préférence de pied lorsque l’on shoote dans un ballon. Préférence auditive quand on choisit une oreille pour répondre au téléphone. Préférence de bassin si l’on décide de sauter et de tourner sur soi-même comme un patineur artistique.

Préférence oculaire, chacun d’entre nous possédant un œil directeur qu’il est possible de connaître par le simple test: fixez un objet par le trou d’une feuille de papier que vous tenez en tendant les bras. Sans perdre l’objet de vue, vous rapprochez alors la feuille de papier vers votre visage et le trou vient se placer sur l’œil directeur. Il existe même une préférence cérébrale. Si votre œil directeur est le droit, votre cerveau dominant est l’hémisphère gauche et vice-versa.

Un droitier de la main et dont l’œil directeur est le droit est ainsi dit homogène. Même conclusion pour un gaucher de la main qui possède un œil directeur gauche. En revanche, une personne droitière de la main et gauchère au niveau de l’œil directeur (et inversement) est dite croisée. La population mondiale est homogène à 70%.

Mais il arrive que le sport contredise cette statistique.

Paradoxe, le top 100 du tennis mondial masculin est, lui, croisé à… 65%, d’après une étude réalisée il y a quelques années par Paul Dorochenko, spécialiste de la latéralité qui dirige aujourd’hui le centre international de rééducation du sportif de La Calderona à Valence, en Espagne. Une enquête menée par Catherine Garipuy, autre chercheuse dans le domaine de la latéralité, en 1997 auprès de 665 joueurs français classés de 0 à «première série», a confirmé ce taux inverse à la population globale.

Conclusion: pour bien jouer au tennis, il vaut mieux être croisé.

La «preuve» : Roger Federer et Rafael Nadal sont croisés.

Le coup droit et le croisé

Comme tous les croisés, selon Paul Dorochenko qui les a étudiés avec précision et dont nous livrons ici l’analyse, Nadal et Federer possèdent — génétiquement pourrait-on presque écrire — un très grand coup droit, ce qui n’est pas le cas des homogènes. Or le coup droit est LE coup du tennis moderne, particulièrement sur terre battue où il s’agit du coup le plus joué. D’où l’avantage d’être croisé pour bien jouer au tennis.

Pourquoi les croisés ont-ils un meilleur coup droit que les homogènes?

Parce qu’ils voient la balle adverse arriver avec l’œil opposé à la main qui tient la raquette, ils doivent plus naturellement orienter la tête vers l’impact de la balle. Cela leur permet d’avoir un plan de frappe plus avancé que l’homogène qui frappe un peu plus en arrière, avec donc moins d’efficacité. Instinctivement, leurs épaules sont également plus tournées que celles des homogènes, ce qui va leur permettre de mieux fouetter la balle.

Le revers est le «problème» des croisés, particulièrement quand ils doivent le frapper le long de la ligne parce leur œil directeur voit la balle arriver tardivement, contrairement à l’œil directeur de l’homogène qui la fixe sur un plan de frappe plus avancé (Stefan Edberg, Andre Agassi et Gustavo Kuerten, dotés d’un très grand revers, étaient homogènes).

Cerveau dominant

Pourquoi Nadal s’en sort-il mieux que Federer sur ce coup?

Avec un revers à deux mains, le Majorquin a tout simplement fait le bon choix — celui que doivent faire tous les croisés. Son revers à deux mains avec une main droite bien séparée de la main gauche, haute sur le manche et très dominante, lui permet, en effet, de frapper un revers le long de la ligne beaucoup plus performant que celui de Federer, que ce soit pour la qualité de la frappe ou les variations de hauteurs et de profondeurs de balle. Avec un revers à une main et une vision de croisé, ce coup est plus difficile pour Federer qui, tactiquement, ne peut rivaliser sur ce coup important quand il affronte l’Espagnol.

En revanche, une différence sépare les deux grands champions: ils ne sont pas sous l’influence du même cerveau dominant. Le cerveau dominant de Nadal est le gauche qui est celui des chiffres de la rationalité et de l’ordre. Aucune surprise donc à voir Nadal placer ses bouteilles sur le court de manière quasi-obsessionnelle et à le voir jouer au tennis de façon aussi méthodique et structurée, à la manière d’un joueur d’échecs.

Mais les cerveaux gauches dominants ont une moins bonne gestion du stress car leur langage interne, trop riche, diminue leur motricité.

Le cerveau droit, chez l’homme, est le cerveau de la créativité, de la symbolique et de l’intuition – qualités éminemment représentées chez Federer, «dominé» par ce cerveau qui correspond à ceux qui aiment jouer des coups de poker. Un joueur qui est cerveau droit dominant est moins affecté par le stress car il est dans l’action, mais sujet à des problèmes de concentration sur la durée.

Il est important de connaître sa latéralité au tennis, mais aussi au golf ou dans d’autres disciplines.

C’est apprendre à mieux réaliser le joueur que l’on est. C’est comprendre pourquoi un coup est plus difficile à jouer selon que l’on est croisé ou homogène. Vous savez désormais pourquoi votre un coup droit est performant et votre revers désastreux. Ou vice-versa.

Yannick Cochennec